Cette année, pour la seconde édition, un projet en demi-finale a retenu mon attention : "Social Media Gouvernance".
Marianne a accepté de répondre à mes petites questions pour nous faire découvrir son projet; En espérant que ça l'aide à avancer encore plus vite:)
1) Bonjour Marianne, pouvez vous vous présenter à nos lecteurs s'il vous plait?
J'ai 25 ans et je suis actuellement étudiante en Master 2 - Administration et Politiques Publiques à Assas (Paris). J'ai passé trois ans en classe préparatoire où je me suis spécialisée en philosophie politique avant de m'orienter vers le Droit pour tenter d'avoir une approche plus pragmatique de l'Etat.
De pragmatismes en pragmatismes j'ai choisi de me spécialiser en gestion publique cette année avec l'espoir de pouvoir participer activement au fonctionnement des institutions et bien sûr à leur modernisation.
2) Pourquoi avez vous choisi de participer à l'initiative Administration 2020 ?
J'ai entendu parler de ce challenge par un camarade de promo et l'idée de présenter un projet personnel choisi sur la seule base de notre créativité m'a séduite. L'envie de prendre part à la modernisation de l'Etat a toujours été là, le Challenge était l'occasion de faire quelque chose de concret. J'avais déjà ce type de projet en tête depuis longtemps, mais je ne savais pas comment obtenir un "point d'entrée" pour en parler et le développer. Le Challenge Administration 2020 était ce point d'entrée.
J'ai parlé de mon désir de participer à mon ami Arnaud avec lequel je travaille depuis plusieurs années à la fac, il a tout de suite accepté et l'équipe ainsi constituée il ne restait plus qu'à nous inscrire.
Je n'aurais jamais cru que nous serions sélectionnés, je pensais que les organisateurs ne verraient dans notre projet qu'un effet de mode puisque beaucoup pensent encore aujourd'hui que le phénomène "Social Network" n'est qu'une mode parmi d'autres et que cela ne vaut pas la peine d'investir - de s'investir - dessus.
3) Feriez vous une comparaison entre ce concours, et ceux organisés par les Etats-Unis de manière thématique, tels que "apps for democracy" (www.appsfordemocracy.org) ?
Jusqu'à aujourd'hui je n'en avais pas entendu parler.. mais après un petit tour sur leur site au fond l'idée de base est la même : associer les citoyens à l'amélioration de l'Etat au delà des urnes. Toutefois la comparaison s'arrête ici, dans notre cas le Challenge n'est ouvert qu'aux étudiants et ne se limite pas aux nouvelles technologies. Les idées retenues se veulent plus globales, ce qui explique également que le processus n'est pas le même : nous n'avons pas l'obligation de produire un outil. Le Challenge consiste pour l'instant à préparer, nourrir, créer un projet... petit à petit, sous les yeux des lecteurs.
Cela explique aussi la différence entre les prix proposés aux lauréats.
En revanche, l'initiative américaine pourrait trouver un écho formidable dans le cadre de la plateforme EtatLab et dans l'ensemble des problèmes posés par l'Open Data. Je me demande si cette méthode d'organisation des données publiques a été envisagée, mais c'est à creuser...
4) Dans ce contexte, vous portez le projet "Social Media Gouvernance", pouvez vous nous en dire un plus dessus? comment vous est venue l'idée?
L'idée m'est venue quand j'ai (enfin) compris ce qu'était un Community Manager. J'ai toujours été amusée par les réseaux sociaux, et plus largement le "social media", mais pour moi tout ceci n'était que ludique. On pouvait bien sûr en faire son métier, j'ai d'ailleurs dans mes amis proches des community manager, mais dans mon esprit c'était à des kilomètres de ma formation de juriste. Enfin du moins, l'aspect ludique ne cadrait pas avec le sérieux que peut représenter la gestion publique, le droit, et les institutions.
Le verrou a sauté alors que je faisais des recherches sur l'Institut de Gestion Déléguée (IGD). En effet, parmi les critères de performance posés par l'IGD on retrouve "la satisfaction des usagers", pourtant on ne sait pas vraiment comment mesurer cette satisfaction. Et certains des travaux de l'IGD montre bien que les "retours" de l'usager (enquêtes, questionnaires,..) sont souvent ignorés. A côté de ça les recommandations vont dans le sens d'une plus grande participation, d'une plus grande ouverture... l'ensemble des rapports sur la question depuis 10 ans préconisent un rapprochement avec l'usager.
Donc pour moi qui connaissais déjà bien le fonctionnement des réseaux sociaux cela m'a semblé évident... on a d'un côté des outils, de l'autre des recommandations, pourquoi ne pas mettre les uns au service des autres ? Ce n'est pas le seul point d'évolution, mais c'est un début. Un "community manager" interne au Service Public constitue ce point de départ, à condition bien sûr - et c'est un point sur lequel je n'insisterai jamais assez - de ne pas délaisser le contact "physique". On a dématérialisé le Service public souvent au détriment de l'humain... le community manager c'est un humain dématérialisé, mais bien un humain et c'est ce que veulent selon moi les usagers.
5) Comment comptez-vous "rétablir la communication au sein de la communauté des e-administrés pour que la présence de l’Administration sur internet ne soit plus seulement une vitrine de l’Action de l’Etat, mais une véritable expérience de démocratie participative."?
Le processus est encore à inventer, mais selon moi l'avantage du web c'est de favoriser l'échange. Donc on peut légitimement penser que le "Community Manager" est en première ligne pour échanger avec les usagers, entendre leurs attentes, prendre en compte l'ensemble des "retours utilisateurs". On peut alors penser que cet agent particulier pourrait rédiger un certain nombre de rapports sur la base des retours qu'il a eu, soumettre à sa hiérarchie un projet fondé sur les attentes qu'il a pu identifier.
En fonction des besoins un plan pourrait ainsi être mis en place de façon continue, on réaliserait ainsi de réelles économies et plutôt que de commanditer une enquête une fois de temps en temps - ce qui coûte très cher à mettre en place pour un résultat parfois décevant - on aurait de manière permanente la base d'un travail d'innovation.
Par ailleurs, l'agent en tant que "fonctionnaire" - personne formée au fonctionnement spécifique de l'administration - pourra immédiatement transcrire ces attentes en langage technique, et même réfléchir aux moyens d'intégrer ces demandes au sein des appareils existants.
Ce travail en "flux tendu" serait le meilleur moyen de faire participer chacun, s'il le désire, en coopération directe avec l'Administration. Mais bien sûr il faut encore étayer tout cela, et ce genre d'initiative ne peut s'affiner que par l'expérience. C'est quelque chose de lourd pour le Community Manager tel qu'il serait présent dans l'Administration... le profil de l'agent est alors primordial dans un premier temps. C'est donc là la dimension "participative" du projet.
J'espère avoir l'occasion de développer tous ces points sur le blog... de façon à résoudre les résistances que nous pouvons encore rencontrer.
6) Avez-vous des exemples à nous donner qui vont dans la direction que vous soutenez ?
N'étant malheureusement pas au centre des administrations je n'ai que peu d'exemples, mais comme je l'ai déjà dis, les travaux de l'IGD semblent aller dans le sens d'une plus grande participation. Le travail de @Lisa_la_poste n'est pas très différent - voire complètement semblable - de ce que je propose. On peut également penser au travail de l'agence Adverbia en faveur des collectivités locales,... Hadopi aussi recherche un community manager ! Il y a très certainement un créneau qui intéresse les administrations... et c'est bien la direction que l'on va donner à ces initiatives qui va conditionner leur impact dans la modernisation de l'Etat.
Merci à vous et bon courage !
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