Attention, du lourd en perspective par mon ami Dominique Cardon, publié sur le site la vie des idées :
==> Comment caractériser les formes politiques de la révolution Internet ? Dans cet essai , Dominique Cardon met en évidence les tensions qui traversent le réseau des réseaux, notamment l’égalité radicale des internautes, la visibilité extrême des subjectivités, la production de solidarités nouvelles, la construction de la légitimité. Plongée dans la « démocratie Internet ».
L'article est intégralement téléchargeable en pdf. Voici un des meilleurs passages selon moi !
"Alors que le marché et l’État monopolisaient l’organisation
des grandes formes d’action collective, avec Internet, la baisse drastique des
coûts de mise en place de systèmes auto-organisées à large échelle autorise les
individus à créer des formes collectives dont ni le marché ni l’État ne
prendraient l’initiative.
Clay Shirky soutient que le monde numérique bouleverse le
séquençage temporel de l’action collective. Dans le modèle traditionnel de
formation des collectifs, les individus qui partagent d’abord des valeurs
communes, établissent ensuite entre eux des mécanismes de coordination afin de
partager enfin des ressources. Dans le modèle des « coopérations faibles », la
séquence est inversée : les individus partagent systématiquement leurs
ressources, afin de découvrir des personnes avec lesquelles ils se coordonnent,
pour produire ensemble des valeurs communes.
Or, soutient Clay Shirky, cette inversion du processus de
fabrication des collectifs permet des coordinations à plus large échelle et sur
des thématiques qui ne seraient ni perçues ni envisagées dans le cadre d’une
action collective planifiée. La coordination, en premier lieu, est beaucoup
plus coûteuse que le partage, puisqu’elle réclame une synchronisation de
l’action, oblige à un alignement des plans d’action et impose des contraintes
temporelles sur le déroulement des activités associées. La formation des
collectifs dans le monde réel installe la coordination avant la mise en partage.
Ce qui sera partagé entre les membres relèvera exclusivement des produits des
actions de chacun qui auront été planifiés lors du travail de coordination
préalable.
Or sur Internet, la mise en partage est préalable à la
coordination, car ce qui est rendu visible, public et accessible à tous n’a pas
fait l’objet d’une délibération initiale. C’est sur ce principe que les formes
sociales les plus novatrices de l’Internet, le logiciel libre, Wikipédia, les
Creative Commons, les API (Application Protocol Interface) ouvertes, etc., se
sont développés pour fabriquer du commun à partir d’engagements hétérogènes.
En second lieu, la conscience du collectif est plus coûteuse que la coordination, dans la mesure où elle suppose qu’une instance de régulation fasse peser un intérêt collectif sur les intérêts individuel. Dans le monde réel, les collectifs « tiennent » parce que les personnes qu’ils réunissent possèdent déjà un système de valeurs et d’intérêts suffisamment proche pour être incités à se coordonner. Dans le monde numérique, ces valeurs partagées sont une production émergente des interactions entre les participants qui incorporent progressivement des identités et des croyances collectives. Mais, surtout, en raison de la diversité et de l’hétérogénéité des participants, les collectifs de l’Internet se définissent moins par des valeurs partagées que par des procédures communes."


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