Vu sur libération.fr, et aussi dans le supplément DADVSI de samedi 28 janvier, un extrait du livre de Lawrence Lessig, "the future of ideas", sur les activités créatives "des consommateurs". Très instructif (cette théorie se rapproche de la co-création de valeur...), je vous en propose un extrait, à méditer:
"Ces dernières années, les fans des
artistes du label Wind Up Records ont passé au moins 250 000 heures à
produire et échanger plus de 3 000 clips vidéo. Ceux-ci ne ressemblent
cependant à rien de ce que vous avez vu. Ils sont produits en mixant
des fragments d'anime (1) à de la musique pop. Ce sont des ados, pour la plupart, qui achètent des vidéos ou des DVD d'anime,
puis en rééditent le contenu sur leur propre ordinateur pour en
synchroniser les images et une bande-son. Le résultat s'appelle un AMV
(vidéo musicale d'anime).
Les 3 000 liés à Wind Up Records ne
représentent que 5 % du total des AMV disponibles sur un des seuls
sites populaires qui s'y consacre (2). Wind Up Records n'a pourtant
témoigné aucune gratitude envers l'enthousiasme de ces fans. Un avocat
de la société a intimé, poliment mais fermement, au site qui hébergeait
les vidéos de les faire disparaître. Et un filtre y bloque tout contenu
venant de Wind Up Records. Les amateurs (au sens original du terme, qui
désigne des gens agissant par goût et non pour de l'argent), qui
avaient assuré la publicité d'artistes comme Evanescence ou Seether,
sont probablement passés à d'autres musiques.
(...)
Il est difficile pour la génération «couch potato» (vissée devant son
écran de télé) de saisir pourquoi la création sur l'Internet en mode
«lire et écrire» est si importante. Mais si on s'attache à quelque
chose de compréhensible la valeur marchande , cet Internet a
réellement de grands attraits. Les ordinateurs, bandes passantes,
programmes et capacités de stockage que requiert un Internet «en
lecture seule» ne sont qu'une fraction des technologies nécessaires à
un Internet en mode «lire et écrire».
Le potentiel de croissance de cet
Internet-là est formidable, à condition que la loi l'autorise. Mais
l'économie n'est pas ce qui importe à ceux qui sont en train de
construire ce Net. Ni à leurs parents, d'ailleurs. A la fin d'une
conférence où j'avais présenté quelques exemples d'AMV, un père de
famille est venu me dire : «Je ne crois pas que vous vous rendiez
compte à quel point c'est important. Mon fils s'est fait admettre à
l'université grâce à ses AMV. Désormais, il est dans une université à
laquelle il n'aurait jamais osé espérer pouvoir prétendre.» Ce père
avait raison. Je n'arrive même pas à concevoir comment faire comprendre
aux responsables politiques le mal que la mise en place d'un Internet
«en lecture seule» infligera à cette vision alternative de la Toile,
plus dynamique et prometteuse."
(1) Prononcer «animé». Style d'animation venu des mangas nippons. (2)
www.animemusicvideos.org compte 0,5 million de visiteurs et près de 30
000 contributions d'«artistes»
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