A quelques jours de la conférence "le web11" sur le thème du SOLOMO (dans laquelle je ferai une intervention sur le stand de mon employeur, Orange), j'ai interviewé pour vous une personalité reconnue dans le domaine : Nicolas Nova ! Rentrons donc directement dans le vif du sujet
1) Comment t'es venu cet intérêt, notamment universitaire, pour les médias géolocalisés?
Pendant la première bulle internet, je faisais un stage dans un laboratoire de recherche (maintenant disparu) à Genève et nous nous intéressions à l'informatique mobile et aux applications sociales. À l'époque, on parlait de "social computing" et les projets n'étaient pas sur téléphone mobile, mais sur des PDA et autres Tablet PC!
J'ai commencé à m'intéresser autour de 2001 à ce type d'application et j'ai continué à creuser le sujet à la fois dans mon activité de recherche en doctorat et comme consultant pour différentes sociétés en parallèle de mes recherches. Ce qui m'intéressait à l'époque et encore aujourd'hui c'était la difficulté de sortir des scénarios-types (savoir où sont ses contacts, envoyer des messages/publicités attachés à des lieux)... et la manière dont les utilisateurs souvent détournaient ce type de proposition.
Je voyais d'un côté des clients qui réinventaient la roue et d'un autre côté des universitaires à droite à gauche faire des études passionnantes sur le sujet, mais souvent restées lettre morte!
2) Ton ouvrage (intitulé "les Medias Géolocalisés", fyp, 2009) semble assez visionnaire avec deux ans de recul maintenant et le bouche à oreille autour du SOLOMO. Qu'est ce qui t'a justement fait penser que c'était un sujet "d'avenir"?
Mon intérêt pour le sujet est moins lié à un pari sur l'avenir qu'à ma curiosité envers les technologies de géolocalisation elles-mêmes et en lien avec le développement de l'internet mobile ou la diffusion de l'informatique dans objets de notre quotidien. En gros, je me suis vite dit que le croisement de ces différents éléments pourrait mener à des usages nouveaux et surtout liés à l'espace physique.
Cette prise de conscience que le futur de l'informatique, des réseaux, des communautés ne serait plus sur un écran, mais dans les rues... avec tous les enjeux que cela pose... me semblait être un sujet digne de curiosité!
3) Comme tu l'évoques si bien dans ton ouvrage chapitre 4, "à quoi doit on s'attendre dans le futur"? Car on a l'impression que le mélange Social Local Mobile représente une finalié ou une fin de cycle...non?
Ce qui me fascine c'est de voir la lente évolution au fil du temps des différentes applications. On le voit bien avec Foursquare qui se poursuit dans la continuité de la plateforme Dodgeball proposée par les mêmes concepteurs quelques années avant! Le changement est venu pour eux des check-in (géopositionnement déclaratif) qu'ils ont repris de travaux académiques réalisés autour de 2003-2005 ou de mécanismes de gamification (là encore ressortant de travaux de chercheurs comme Amy Jo Kim).
Quand on observe l'évolution sur dix-douze ans, on se rend compte de la lenteur de ce domaine à avancer. Et en parallèle, le domaine est riche en possibilités. Celle qui m'intéresse le plus et que je décrire dans ce chapitre 4, c'est l'utilisation de toutes les données géoréférencées : photos géotaggées, appels de téléphone portable, tweets géotagés... qui peuvent permettre de construire des visualisations cartographiques de circulation de flux (voir les projets Real Time Rome ou Urban Mobs), mais surtout des services pouvant évoluer en temps réel suivant la position des invidus. Des choses maintenant un peu anciennes comme City Sense sont toujours d'actualité!
4) Quel est le service, qui n'existait pas lors de l'écriture de ton livre, et qui te semble le plus porteur aujourd'hui?
J'avoue ne pas avoir été surpris par beaucoup de choses. La majorité des types d'applications existaient déjà et même si je ne mentionnais pas Facebook Places ou le Foursquare balbutiant à l'époque, les fonctionnalités proposées par ceux-ci étaient présentes sous d'autres formes.
Par contre, les applications de contenu géolocalisées sont une vraie nouveauté. Par exemple des services comme Wanderlust (qui permet de lire des livres dont le contenu est différent suivant l'endroit où on les lit) ou Walking the Edit (un service qui permet de monter un film basé sur des morceaux de vidéo récupérés suivant les endroits que l'on visite) sont un apport intéressant.En tant qu'utilisateur, ils sont fascinants à utiliser !
5) Enfin, nous sommes très sensible à la question de "changer le monde" sur ce blog, comme tu le sais. Tu évoques rapidement ce sujet à la fin de ton ouvrage, mais peux-tu nous dire si les médias géolocalisés vont nous aider dans notre rapport au politique ou à la démocratie?
Comme tout outil de communication, les médias géolocalisés peuvent participer effectivement à mobiliser des individus, à leur permettre de mieux se coordonner, se regrouper pour diriger des actions politiques. C'est du coup un élément en plus dans la boite à outil des activistes. D'un autre côté, si on les prend au sens large, et notamment avec toutes les applications publiques urbaines, on peut imaginer que certains services géolocalisés peuvent permettre un rapport différant à l'espace public.
Je pense en particulier aux applications permettant de rapporter des problèmes dans certains quartiers (pollution, accident...) et qui sont ensuite agrégées et communiquées aux autorités en vue de changer la situation.



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