Je vous conseille d'écouter les deux interviews suivantes, les unes après les autres, et faites-vous votre propre avis... :
Tout d'abord, commencez par celle de David Munn, Vice Chairman d'EMI Music, accompagné d'Eric Kleptone (pas Clapton), un bootleger (remixer) anglais. L'interview est animé par John Batelle, et a eu lieu à la conférence sur le web2.0 http://web2con.com/.
L'interview est streamable ici (c'est la seconde présentation). Vous y entendrez David Munn expliquer de manière lucide selon moi que les revenus de la musique digitale étaient nuls il y a moins de 10 ans, qu'aujourd'hui c'est 12% du CA d'EMI, et dans 3 ans peut-être 25%. Il explique la grandeur du changement et la rapidité avec laquelle cette major doit évoluer. En outre, il revient très humblement sur l'expérience de l'album Gris (Grey Album) du DJ Danger Mouse (expliqué ici, question 7) où EMI avait fait saisir des copies d'un bootleg "pirate", au lieu d'y trouver une nouvelle source de création artistique commercialisable. Il déclare donc que 2 ans après, dans le cas d'Eric Kleptone par exemple, EMI reconsiderait à deux fois la question du bootleg et son aspect "pirate".
Il annonce également qu'il faut simplifier la chaine des ayant-droits pour simplifier les modes de rémunération (pour les webradios par exemple) et anticipe le développement du micropaiement (microreversement). Il détaille l'enjeu industriel pour les maisons de disques que représente la complexité croissante des univers artistiques, en terme de gestion des droits et des revenus, avec de plus en plus d'objets dérivés par artiste, et reconnait qu'il y a là une vraie source d'amélioration.
Bref, un vrai changement d'état d'esprit. La tonalité de l'interview me fait un peu pensé à un truc du style "alors David, vous voyez que finalement le piratage c'était pas si grave..." :).
MàJ: Philippe Astor propose une lecture similaire de l'interview, ici.
A côté de ça, j'ai écouté dans la foulée l'interview du président du SNEP, Christophe Lameignere, assis dans son bureau avec les disques d'or, et aussi Président de Sony BMG France.
Alors là, c'est tout, mais vraiment tout l'inverse, je comprends pas, ou plutôt, j'ai l'impression que C. Lameignere ne comprend pas, d'après les questions qu'il soulève. On a le droit à trop de déclarations préjugées aussi selon moi, dans ces vidéos:
(MàJ: sans doute, comme je l'ai expliqué à certaines personnes, cela vient-il des questions posées qui sont beaucoup trop polémiques, du style "pensez-vous que les maisons de disques sont inutles...", et ne permettent pas de développer une vraie réflexion non plus)
C. Lameignere explique, je cite:
- "On prend des risques, on reçoit 3000 ou 4000 maquettes dans l'année, on en signe 3 ou 4, c'est un risque personnel, un risque subjectif" : Mais le talent n'émerge-t-il pas de manière objective pour qui sait être à l'écoute du web et des stats de téléchargement ou d'échange sur les réseaux P2P. Du coup, ça éviterait aux Directeurs Artistiques d'atteindre le seuil de rentabilité d'un CD sur 10, non? (MAJ: pour une réflexion un peu plus longue et moins lapidaire sur la question, je vous conseille de lire les commentaires pour aller plus loin, avec le regard très argumenté de Borey, merci l'ami :)
-"les artistes autonomes arrivent a avoir (...) finalement une relation totalement directe avec le public, mais le public a besoin de relations bcp plus proches et l'intermédiaire est fait pour rapprocher le public de l'artiste, pas fait pour l'éloigner" : hum...
-ça c'est fort: "cette dématérialisation permet d'écouter cette musique de plus en plus, partout, de manière de plus en plus facile et de moins en moins chere, ça c'est énorme et c'est la base. Ensuite les intermédiaires, inutiles ou pas, doivent s'arranger pour que ça corresponde également aux attentes du public sur les conditions économiques de cette consommation de musique. Ca c'est un peu plus compliqué parce que le public lui meme ne sait pas comment il veut la consommer cette musique": hum, peut-être que l'observation des lead-users donne un éclairage plus limpide sur les attentes: les réseaux P2P n'ont-ils pas ouvert la voie aux kiosques légaux, n'ont-ils pas montré une nouvelle manière de consommer, de nouvelles attentes? Shawn Fanning, premier "pirate" et inventeur de Napster, ne travaille-t-il pas maintenant pour les plus grandes maisons de disques?
-Voici comment le Snep espère gagner de l'argent avec le digital et transformer le gratuit en revenus: "la mode elle est aussi ailleurs, allez sur itunes ou fnacmusic.com, parce qu'on a un bel appareil et qu'on a envie de le nourrir, et puis peu à peu, on se rend compte que la musique qu'on aime on a envie de l'acquérir, pas envie de la voler, ça va prendre du temps, ça va pas prendre 2 ans ou 5 ans". Quelle vision, quelle panache et quelle grande orientation pour prendre le virage du digital... Tout ça pour dire que comprendre la psychologie des utilisateurs est important, mais ne permet pas de bâtir une stratégie marketing :)
-"il y a bcp d'augures, de gens qui ont des boules de cristal (...) c'est pas qu'on les écoute pas, c'est que nous on a cette expérience du métier, on a donné notre vie à ça".
-une bonne réflexion quand meme: "les musiciens et les maisons de disque ont toujours évolué avec la technologie": alors, montrez-le encore plus s'il vous plait...
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