Un petit parallèle entre le cirque et le théâtre pour comprendre comment l'interactivité est partie intégrante du divertissement: ce raisonnement, fondé sur les réflexions de Bernard Girard, sert à montrer comment l'interaction d'un artiste avec son public est une "autre" approche naturelle du processus créatif, dans une optique de co-création de valeur.
Selon Bernard Girard, l'interactivité est un concept surtout connu pour ses usages dans le monde informatique, mais connu des milieux artistiques depuis le milieu des années 60 où il a été utilisé par les tenants des happenings et de l'art de l'évènement.
Pour lui, "La place donnée au spectateur dans l'oeuvre est définie par le médium utilisé: JL Godard explique que "la différence entre la télévision et le cinéma est qu'on baisse les yeux pour regarder la première et qu'on les lève pour regarder le second". (NDLR: pour internet, autant dire qu'on ne baisse ni ne lève les yeux, mais plutôt qu'on se renvoie sa propre image). On pourrait de la même manière dire que ce qui distingue le théâtre du cirque, c'est la position des spectateurs:
-au dessus et tout autour des acteurs dans le cirque
-en face et légèrement en contrebas au théâtre
D'autres distinctions apparaissent entre les deux:
La première toutche la manière dont ces deux genres traitent les coulisses, et le secret (NDLR: la création/production de l'oeuvre)
Le théâtre à l'italienne donne aux comédiens une arrière-scène avec des coulisses où cacher la machinerie, les changements de décor, de toilettes...il y a un espace du regard, de ce que l'on montre, qui est d'ailleurs un espace d'illusion, une représentation trompeuse et maquillée de la réalité, un décor et une arrière scène cachée où se passe des choses qu'on ne montre pas.
Le cirque donne à l'inverse au comédien aucun moyen de se cacher. Même les coulisses sont publiques, puisqu'elles sont dans les caravanes qui entourent le chapiteau. Au cirque, on voit les comédiens de partout puisque la scène est ronde. Ils ne peuvent donc pas tricher. Ce qui fait un lieu idéal pour la magie, pour la prestidigitation, (non pas pour le magicien), mais pour le spectateur qui, même s'il devine qu'il y a une tricherie, ne la voit pas et peut donc se laisser prendre à la magie.
La seconde touche la relation et le dialogue avec les spectateurs
Le théâtre à l'italienne éloigne les comédiens des spectateurs, il établit une distance, celle du rideau, et surtout celle des lumières: la scène est violemment éclairée quand la salle est dans le noir. Toute l'attention des spectateurs est retenue par ce qui se passe sur la scène. Leurs voisins, les autres spectateurs n'existent pas, sinon quand ils gênent le regard, quand il détournent l'attention.
Il en va tout autrement au cirque où, du fait même de l'architecture, les spectateurs sont toujours en toile de fond du spectacle, on les voit derrière le comédien, ils sont son décor, ils sont d'ailleurs souvent légèrement éclairés. Et cela modifie plusieurs choses:
- Disparition du décor, et par là même, de l'impression de réalité: on ne peut pas faire croire au cirque qu'on est dans un espace réel, ce qui favorise l'imaginaire
- Cela introduit les spectateurs dans le jeu. Où que l'on soit installé, on voit d'autres spectateurs, on lit leurs émotions sur leur visage. Et ces émotions ont un impact sur les nôtres, qu'il s'agisse de l'angoisse, du rire ou de la gaieté. On partage au cirque, plus qu'au théâtre
- Cela incite les comédiens à dialoguer avec la salle: parqu'ils voient les spectateurs, parce que ces spectateurs sont partie du spectacle, parce que du fait de la disparition qui aiguise l'expression des émotions, celles-ci sont affichées. Celles-ci sont affichées."
Cette analyse de Bernard Girard est fondamentalement transposable avec la musique, et la musique via internet: "la place donnée au spectateur dans l'oeuvre est définie par le médium utilisé": vous avez une scène ronde et ouverte, il faut interagir avec le public. Si vous le plongez dans le noir en contrebas, vous avez le monopole de la parole...
Si vous utilisez internet, qui par nature permet l'interaction, et place l'usager au centre des services, il est plus "naturel" de co-créer des expériences divertissantes personnalisées...


Hello!
Petit question qui m'est venu à l'esprit...Est ce que finalement, la Star Academy n'est pas un précurseur de la co-création de valeur?
Petit extrait de mon mémoire:
"Et si l’on laissait le téléspectateur choisir ce qu’il aimerait entendre ? Les consommateurs sont appelés pour être créateurs de produits et paient pour ça. Pour élire les candidats, le public doit composer un numéro de téléphone surtaxé (0,56 euro l'appel) ou envoyer un SMS +, également surtaxé (0,35 euro l'appel + le prix du SMS, variable selon l'opérateur). C’est ce que l’on appelle le marketing participatif."
Ce modèle pousse peut être le "bouchon" un peu plus loin en faisant payer le téléspectateur pour qu'il participe à la création de la Star.
Qu'en penses tu?
Rédigé par: SOK Borey | 04/05/2006 à 17:23
Tout à fait d'accord, le public est prêt à payer pour interagir avec l'univers de l'oeuvre... ce qui aboutit à une expérience musicale "sur-mesure"...
Rédigé par: alban | 05/05/2006 à 08:21
Très intéressant, cet article ... cela dit, même si le net permet à l'usager d'intéragir, sous une forme ou une autre, avec la musique qu'il a choisie, ce ne sera jamais comparable à l'expérience émotionnelle et sensorielle de la réalité scénique ...
Je pense que la musique occupe vraiment une place à part, au sein des divertissements ... et même si on peut retrouver certains arguments dans l'expérience théâtrale ou celle du cirque, ça ne suffit pas pour tout justifier ... de toute façon, le réel ne remplacera jamais le virtuel, c'est une certitude ... et ce, quelle que soit la place qu'on attribue à l'usager dans la co-création musicale ... sans parler de la sensibilité de chacun qui complexifie un peu plus la donne.
++
Rédigé par: Kyra | 11/05/2006 à 18:15
heu plutôt : le virtuel ne remplacera jamais le réel ... enfin ça marche dans les 2 sens :p
Rédigé par: Kyra | 11/05/2006 à 18:16
Et si c'était la proximité et l'interaction qui créait l'émotion?
Sans doute plus l'interaction est physique, plus elle est forte , mais parfois l'interaction et la proximité virtuelles sont aussi très impliquant émotionnellement (et si tu recevais un email de Muse, tu kifferais pas?) hihi...
Rédigé par: alban | 11/05/2006 à 18:22
[début du HS]"Pink ego box" ... c'était moi bien évidemment :-) Tu connais ce titre j'espère ... sinon tu sais ce qu'il te reste à faire [fin du HS]
Nan mais sérieux, la distance entre artistes et fans est indispensable, voire même salutaire ... la façon de partager et de co-créer la musique évolue, oui, mais le reste, huhuhu ... et puis je préfère rencontrer les artistes à la fin de leur concert, plutôt que sur le net ... simple question de feeling :p
Rédigé par: Kyra | 11/05/2006 à 21:24