Comme le dit Lawrence Lessig, après le web en mode "read only", voici le mode "Read write web". Peut on encore penser l'innovation et la création comme monopolisée par une seule entité? Ne doit on pas prévoir des offres pour les clients de l'industrie du divertissement souhaitant une autre expérience utilisateur que l'écoute passive et limitée?
Les adultes de demain, à savoir les adolescents entre 12 et 17 ans, utilisent internet pour exprimer leur créativité. Ainsi 33% de cette tranche d’âge, connecté à internet, partage ses propres créations en ligne : dessins, photos, histoires ou vidéos. 19% d’entre eux remixent le contenu qu’ils trouvent en ligne pour en faire des créations propres.[1] Ce phénomène s’appelle le Consumer Generated Content ou CGC. Cette tendance est particulièrement développée dans les jeux vidéos où les joueurs créent par exemple des niveaux supplémentaires
La création s’est démocratisée, dans le sens où les outils sont de plus en plus abordables pour le grand public. Se développe ainsi dans la même lignée le « Do It Yourself [2]» ou DIY[3], que Jean Pierre Jeunet a bien résumé : En Octobre 2004, lors de l’avant-première du Long Dimanche de Fiançailles, David, 14 ans, demande maladroitement au réalisateur d’Amélie Poulain : « Comment on fait pour devenir réalisateur ? ». Le metteur en scène embraye et formule une réponse sous forme de question ressemble à une esquive en apparance, et pourtant : « Tu veux être réalisateur ou faire des films ? (…) Parce que si tu veux faire des films, vas-y, rien ne t'en empêche ! Surtout de nos jours avec le numérique, tu peux tout faire chez toi, faire du neuf, relever tes propres défis ! Quelle idée de devenir réalisateur !? »[4].
Cette affirmation de Jean-Pierre Jeunet est renforcée par le fait que les plus récentes caméras se rapprochent de vrais outils de cinéma, à des prix abordables. On peut d’ors et déjà observer sur le net la création de films « amateurs », comme Star Wars Revelation, qui incluent des effets spéciaux dignes de Georges Lucas, pour 20 000 dollars de budget. Mis à disposition librement sur internet[5], téléchargeable via les derniers outils de P2P comme BitTorrent, ce dernier a été copié plus de deux millions de fois en trois semaines[6]. Cette audience pourrait faire rougir de nombreux réalisateurs dont c’est l’activité à plein temps.
Dans la musique également, les outils grands publics rivalisent dans une certaine mesure avec ceux des professionnels : l’apparition des « home studio » permet des enregistrements musicaux à domicile, de qualité très pointue. Benjamin Labarthe[7] rapporte les propos d’un professionnel de l’industrie, estimant que : « L’émergence des home-studio rend possible, si ce n’est probable, le fait que des centaines de milliers d’individus ont maintenant la capacité d’enregistrer des demos de très bonne qualité pour quasiment rien alors que cela nécessitait auparavant de lever des fonds de 20, 30, $50 000 pour louer un studio réputé »[8]
[1] . Source : Pew Internet & Amercian
Life Project, “Teens content creators and consumers, 2 novembre 2005
[2] Littérallement « faîtes le vous-même », cette expression symbolise le fait que, de plus en plus, nous pouvons réaliser nous même des œuvres par nos propres moyens
[3] Pour plus d’information sur le sujet, je vous conseille le numéro 17 du magazine “BLAST », intitulé « Do it Yourself », numéro de mai/juin/juillet 2005
[4] Source: http://www.guyomcorp.com/demain/lesite/index_fr.php#, site internet du film "Demain la veille"
[5] http://www.panicstruckpro.com/revelations
[6] http://www.al.com/movies/mobileregister/index.ssf?/base/entertainment/1116494147327550.xml&coll=3
[7] Auteur de la these : "L'impact d'Internet sur l'industrie du Disque : vers un nouveau régime de croissance", Juillet 2005
[8] Cf. LEYSHON A., WEBB P., FRENCH S.,
THRIFT N; LOUISE, 2005, "On the reproduction of the music industry after
the Internet", Media, Culture and
Society (in press), p.30 (notre traduction).


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