CITERIA, c'est un projet de dessin animé d'animation complétement novateur dans son scénario, sa manière d'être réalisé, et son côté mi-pro, "mi-artisanal". Pour moi, il illustre cette transition entre marchand et non-marchand, et comment certaines initiatives passent d'un côté de la frontière à l'autre côté, si tenté qu'elle existe encore...
Avant de lire l'interview d'Hervé, le papa du projet CITERIA, je vous encourage à regarder le teaser, afin de vous rendre compte de la beauté de ce dessin animé "en passe de devenir reconnu par les professionels"
Alban : Bonjour Hervé,
pourrais-tu brièvement te présenter s’il te plait?
Hervé : Bonjour
Alban, j’ai 28 ans, je vis entre Marseille et Paris ; mon parcours est un
peu atypique et je suis plutôt autodidacte, pas d’école d’anime donc, si ce
n’est l’école de la vie. Ma formation, elle, est plus dans le domaine de la
publicité en réalité.
J’ai commencé
l’animation en travaillant en tant que propsman (qui consiste à faire toutes
sortes d’objets , véhicules, vétements ... pour les séries) par la suite, nous
avons avec quelques camarades, monté notre studio d’animation pour le
web : Toon’s up au sein de la société TV-UP. C’est là que j’ai découvert
les joies de réaliser une serie en totalité.
Quand la
nouvelle économie s’est effondrée en 2000, j’ai décidé de continuer ce que
j’avais commencé, et surtout, d’aller encore plus loin en essayant de combiner
astucieusement ce que je connaissais dans l’animation traditionnelle avec
l’animation Web : flash, la maîtrise de la production, la recherche de
l’efficacité, bref, sur une autre facon de travailler…
Alban : Pour moi tu
fais partie de ces individus surdoués, avec des idées géniales, et pas encore
« remarqués » par les institutionnels, un peu en dehors du système :
parle nous de Citeria
Hervé : Merci,
mais je ne sais pas si on peut dire surdoué, je préfère le mot passionné.
Je commence
cela dit à bénéficier « d’entrées » dans ce milieu grâce à mon
travail.
Pour moi,
l’animation est accessible, et le fait de ne pas avoir eu de véritable
formation m’a peut-être donné cette vision « différente » qui me
permet aujourd’hui de travailler « autrement » (NDLR : Hervé
utilise notamment des outils novateurs de dessin et de superposition lui permettant de travailler plus vite que la moyenne, à moindre couts). C’est
cela qui, je pense, intéresse mais aussi souvent terrifie les institutionnels.
Peu importe où
cela me mènera, tout ce qui compte c’est faire dans un premier temps CITERIA,
ce long métrage basé sur des techniques nouvelles et une idée simple : l’animation
n’est pas l’exclusivité des enfants !! (non mais)
Alban : Comment
qualifierais-tu l’accueil qui t’a été réservé par les personnes « du
milieu » ?
Hervé : Etrange,
c’est le mot. Je pense que c’est une question d’ouverture ; certains vont
dire que c’est vraimment innovant quand d’autres vont dire que c’est un sacrilège
pour l’animation traditionnelle. Moi je pense qu’il n’y a pas de règles, et que
malgrés ce que certains disent, l’animation et le cinéma en général n’ont pas de
méthode, ce qui compte c’est l’histoire que l’on raconte, tout le reste ne
représente que des outils.
Alban : Pourtant, le
succès que ton projet reçoit de la part du public est considérable, non ?
Hervé :
Plutôt oui, j’ai fait à deux reprises la première page de CGtalk, réferencé sur
Linkdup…mon site tournait aux alentours des 3000 à 7000 connexions/jour,
je dis « tournait » car je ne mets pas à jour.(mais cela va bientôt
changer J). Je reçois pas mal de mails de tous
les pays du monde où l’on me demande où se procurer les DVD ou quand va sortir
le film. J’avoue que je ne m’attendais pas à autant d’intérêt, d’autant plus
que des professionnels, plutôt reconnus m’ont aussi contacté.
Mais ce qui m’a
le plus marqué c’est que je me suis aperçu que les personnes qui m’écrivent me
ressemblent plus que ce que je pensais . Nous sommes une génération (je
parle des 15/35 ans) avec pas mal d’ouverture sur la culture cinématographique de
tous les horizons contrairement à ce que beaucoup pensent, et, mes inspirations
et influences sont souvent partagées par les visiteurs ; les films
cultes comme Blade Runner… ou plus récemment les films de Quentin Tarrentino,
certains réalisateurs Japonais d’animation et bien d’autres représentent un
cinéma riche en astuces mais surtout en indépendance, loin du « Grand
cinéma » intellectualisé.
Alban : Tu m’as même
confié que tu serais prêt du coup à réaliser ton projet dans ta chambre s’il le
fallait !
Hervé : Absolument,
avec tout ce que j’ai traversé je ne peux plus faire marche arrière désormais.
Je m’en voudrais toute ma vie. En tous cas cela ne me fait pas peur je le
ferais s’il le faut !
Alban : A mon avis,
comme tu me l’as évoqué la dernière fois, tu te heurtes d’une part à une
frilosité de la part d’investisseurs dont l’âge et la culture ne permettent pas
d’apréhender la qualité de ton travail et son succès potentiel auprès des
jeunes adultes (ça ne vous rappelle pas un autre secteur ?). D’autre part,
on arrive à un système où les règles d’inclusion des initiatives personnels
dans un modèle économique (comme une société par exemple) ne sont pas assez
souples, et deviennent très rapidement synonymes de grosse prise de risque (ça
ne vous rappelle pas encore un autre secteur ?)
Hervé : Tout
est dans la question, il y a en effet un gros problème générationnel, un fossé
entre notre génération et celle de nos parents, et, cette dernière ne sait plus
vraiment comment nous cibler finalement, et si elle ne renouvelle pas sa
« strategie » marketing en continuant d’ignorer les 15/35 ans, je
pense que certaines grosses entreprises n’en réchaperont pas.
Ils ont peur
de nous, pour eux nous sommes incontrolables, et chaque consommateur est un
pirate potentiel. Ils s’empressent donc de mettre des barrières et des sécurités,
ils augmentent leurs marges pour absorber le coût qui se répercute
inévitablement sur le produit.
Le produit devenant encore plus cher nous
tombons dans un cercle vicieux qui pousse de plus en plus les gens qui ne
pirataient pas à le faire. Grâce notamment à Internet nous avons beaucoup plus
facilement accés à pas mal de choses. Nous savons, par exemple, combien coute
la fabrication d'un DVD, et donc, la valeur précise des marges réalisées. Même si on peut
comprendre qu’ils ne veulent pas baisser leurs coûts, ils pourraient au moins
nous donner des produits de qualité. Quand on voit certaines éditions DVD soit
disant collector, c’est clairement ne pas connaître ceux qui les achètent.
La deuxieme
chose, plus grave à mon sens, c’est le manque d’initative et d’investissement
surtout en France. Tout nouveau projet est risqué quoi qu’il en soit, moins il
l’est, moins il est par définition innovant. C’est ceux qui ont compris cela,
qui gagnent, les autres ne font que survivre, et nous à l’heure actuelle nous
suivons…
Alban : Je prône
donc de nouvelles règles de co-optation, qui permettrait de tester à grande
échelle la viabilité économique d’une œuvre artistique (détail à venir dans mon
prochain ouvrage 2.0). Dans ton cas, tes statistiques devraient t’aider à
trouver des investisseurs ?
Hervé :
C’est surtout que finalement on ne me laisse que cette option !
Je vais
d’ailleurs commencer à travailler avec Virginmega à ce sujet puis pour
la refonte de mon site je vais concrètement demander aux visiteurs de
participer à ces statistiques (système de vote…)
La seule chose
que je touve dangeureuse avec cela, c’est la systématisation de ce schéma.
Peut-être, des
artistes quelque peu introvertis que nous aimons tant, ne pourraient pas avoir
leur place dans cette configuration. Mais ce n’est que mon ressenti. En tous
cas, personnellement, ça ne me fait pas peur.
Alban : Hervé, si tu
cherches un directeur marketing, penses à moi, je crois beaucoup dans ton
projet (et aussi pour une avant-première lors de la sortie au cinéma J). Une dernière chose ?
Hervé : "croire, crée les choses"… tu as
donc peut-être créé ton poste J
Si j’avais une
dernière chose à ajouter, c’est évidemment de te remercier pour cette tribune.
Ensuite, je ne
sais pas de quoi est fait l’avenir, peut-être que je vais droit dans le mur,
peut-être pas. Tout ce que je sais, c’est que je préfère me lancer que de me
retenir par peur de me prendre un mur. Et comme je dis souvent: « Dans les
situations désespérées, la seule sagesse est l'optimisme aveugle ».
Alban : Merci l’ami,
je tiendrais les lecteurs au courant de l’avancement de ton projet. Bon
courage.
(Interview d'Hervé réalisée par téléphone, puis complétée par email)





















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