Deuxième partie sur ce que l'on pourrait appeler "la professionalisation de l'amateurisme", avec à venir en dernière partie, une interview que j'ai pris beaucoup de plaisir à faire...
(Extrait de mon peut-être futur livre)
(Suite de la partie I) : La BBC a même récemment passé un cap supplémentaire dans la mise à profit
de la créativité de ses millions de visiteurs. Elle vient d’ouvrir au public l’interface
web commandant ses serveurs de nouvelles. N’importe qui peut dorénavant créer
une page web avec les informations stockées par la BBC. Des utilisateurs doués
en ont profité pour inventer un prototype de talk show interactif, et même un
projet d’information en continu par SMS.
La professionnalisation de l’amateurisme est un concept clé de la
co-création, afin que l’entreprise capte une valeur qui par définition, est
actuellement laissée de côté. C’est un peu la contrepartie nécessaire pour
délivrer une expérience personnalisée à moindre coût : la
personnalisation devient réalisée par les pseudo-employés eux-mêmes. Cette idée
n’est pas fondamentalement nouvelle, puisqu’on la retrouve expliquée dans les
travaux d’Eric Von Hippel sur l’innovation ascendante, c'est-à-dire initiée par
l’utilisateur. Il explique que “L’un des enseignements passionnants et
surprenants de nos travaux sur l’innovation par les utilisateurs est que les
clients se montrent souvent disposés à offrir leur créativité sans contrepartie
directe”.
Une telle tournure d’esprit doit nous amener à considérer différemment les pirates et les hackers. Et si, grâce à la co-optation de cette communauté, on obtenait des résultats plus efficaces que les panels tests, les entreprises d’étude de marché, ou les focus groupes? Nombreux sont les hackers qui se font embaucher par la suite par les entreprises du secteur du divertissement, montrant la valeur économique de leur initiatives. Pour Dominique Cardon[1], « les innovations par l’usage partent souvent d’un besoin très personnel. Les micro-inventions se font ensuite connaître auprès des utilisateurs. Le point important est que l’usager innovateur ne cherche pas à répondre à un besoin moyen, mais à son propre besoin ! Plus on partage des points de vue différents, plus on consolide la solution et, au final, les innovations ascendantes procèdent d’une forme d’intégrale de chaque point de vue. De sorte que, comme l’ont montré des études en économie de l’innovation, ces innovations sont plus souvent « en rupture » que celles proposées par les industriels, qui cherchent en général à répondre à un besoin moyen. »[2].
Pour lui, la base de données Internet Movie Database (IMDb) initiée en 1989 par Col Needham[3] ne serait pas devenue aussi célèbre aujourd’hui sans les multiples contributions externes qu’elle a reçues. Que dire du navigateur internet qui a été rajouté à posteriori à la PSP de Sony, suite aux nombreuses demande d’intégration de la part des utilisateurs ?
A suivre ...
[1] Responsable du pole Usage au Laboratoire de sociologie des usages (susi) de France Telecom R&D
[2] http://technologyreview.fr 28/10/2005, entretien avec D. Kaplan et H. Guillaud de la FING
[3] pour enregistrer des titres de films, leurs réalisateurs et acteurs














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