Comme prévu, voici la première partie d'un cycle en trois phase, qui se terminera par une petite interview surprise. [Extrait de mon futur probable livre à paraître sans doute]
Le principal but
des entreprises souhaitant co-créer de la valeur se résume à la mise en place
d’une organisation permettant de « professionnaliser l’amateurisme ».
Il faut entendre par là pour une entreprise de co-opter
l’énergie et la richesse créative du public, des fans ou des joueurs, non
valorisée aujourd’hui. Car aujourd’hui seuls les employés voient leur travail
valorisé par l'entreprise, alors que certains clients mériteraient de gagner bien plus
qu’eux ! Le caractère « amateur » n’est donc pas fondé sur la
qualité de l’œuvre, car nombreuses sont celles qui surpassent des créations
« professionnelles ». Il est fondé sur la dualité entre d’un côté les
employés créateurs de valeur (les pro) et les clients (les amateurs), que l’on
considère à tort en bout de chaîne. Pour moi, il n’y a pas d’amateurs à
proprement parlé, mais plutôt des créateurs qui ne sont pas encore
professionnels.
Donc pour « professionaliser l’amateurisme », le droit d’auteur doit être revu. En effet, il instaure une barrière infranchissable entre acteurs et récepteurs, institutionnels et simples individus. Un nouvel équilibre réglementaire est à trouver, pour capter toute la valeur actuellement en dehors du système actuel. Pour Lawrence Lessig, «Trop souvent, le débat sur le contrôle de la création oppose les extrêmes. D’un côté, on a une vision de contrôle total – un monde dans lequel la réglementation du moindre usage d’un travail et la formule ‘tous droits réservés’ est la norme. De l’autre côté, une vision de l’anarchie – un monde dans lequel les créateurs jouissent d’un large spectre de libertés mais sont vulnérables à l’exploitation. L’équilibre, le compromis et la modération – qui furent les forces motrices d’un système de droit d’auteur qui valorisait l’innovation et la protection de la même façon – sont désormais des espèces en danger ».[1]
Certains acteurs de l’industrie du divertissement militent pour un nouvel équilibre dans la gestion des droits. Le rationnel derrière n’est ni communiste, ni anarchique. Il est réellement financier. Ainsi le réalisateur Brian Flemming a-t-il utilisé la licence Creative Commons pour son film Nothing so Strange, basé sur une histoire mettant en scène l’assassinat de Bill Gates. Son final-cut est classiquement couvert par le copyright, mais les extraits et les rushes sont distribués à qui désire remonter sa propre version du film.
Diffusé à l’origine via l’Internet
et projeté dans des festivals indépendants, Nothing so strange a été édité en
DVD début 2004. Et plusieurs apprentis réalisateurs se sont emparés des rushs
pour en proposer leur propre mouture.« Nous entrons dans un nouveau monde
numérique où il sera aussi facile pour le consommateur moyen de jouer avec tout
film qu’il aura acheté que ça l’est aujourd’hui pour n’importe lequel d’entre
nous de jouer avec un texte. Les grandes entreprises de médias dépensent
des milliards pour combattre ces évolutions, preuve qu’elles sont clairement
effrayées par cet avenir. Mais nous avons choisi de l’étreindre », analyse
Brian Flemming.
Cette ouverture peut passer, dans un premier temps, par une mise à disposition d’archives, comme la BBC est en train de le faire. Plus de 500 extraits d’émissions sont désormais disponible sur le site bbc.com. En outre la chaîne offre en même temps des logiciels de montage audio et vidéo, afin de favoriser l’appropriation des reportages institutionnels par le public. Enfin elle a crée un droit d’auteur spécifique intitulé « Creative Archive Licence » [2] pour faciliter le partage et la diffusion des nouvelles œuvres réalisées à partir des anciennes. Cette licence définie par l’entreprise permet l’intégration des amateurs dans le modèle économique de la chaîne. La BBC a intitulé cette initiative : « Trouvez ! Copiez ! Mixez ! Diffusez ! »[3]. Les meilleurs contenus sont bien sûrs consultables ensuite sur bbc.com. Jennifer Rigby, productrice exécutive, affirme que cette initiative va permettre à la BBC « d’évoluer d’un modèle de diffusion vers un modèle participatif (…) Ce qui signifie laisser les personnes être créatives. »


J'attends avec impatience la suite. La vision de la BBC est splendide. Elle nous transforme en acteur ce qui nous valorise. Les autres enfermés dans leurs schémas de profitabilité nous cantonnent dans le rôle de consommateurs (voir de porte-monnaie). Le seul acte pour lequel ils nous considèrent comme acteur c'est la piraterie.
C'est toute la différence qu'il y a entre ne voir que de la contrefaçon ou d'autres y voit une attitude positive d'évolution, de transformation et de création.
Rédigé par: bee_human | 27/11/2005 à 12:06
Effectivement, c'est en partie une affaire de référentiel et de "positive attitude". La BBC n'a pas hésité à changer les règles de propriété intellectuelle pour favoriser la co-optation !
La partie II sera diffusée mardi et la partie III (l'interview) jeudi.
Merci bee_human pour ton enthousiasme!!!
Rédigé par: alban | 27/11/2005 à 12:17
je voudrais avoir des informations sur la formation des animteurs de bbc.
Rédigé par: salifou hachimou | 29/11/2006 à 23:25