Cinq ans après la découverte de Lorie par PeopleSound, une nouvelle génération d'artistes se développe grâce au web, non seulement pour la création des oeuvres, leur promotion, et également pour leur commercialisation: l'exemple des Wanadoo Discoveries. (Merci à Jerome Bouteiller de neteconomie pour l'info)
En parallèle du FunLive organisé samedi soir à Nice par FunRadio, Wanadoo a organisé la finale de son concours pan européen "Wanadoo Discoveries". La compétition organisée par les différentes filiales de Wanadoo a récompensé le duo Sly Athann & Gillian O'Donovan pour leur titre "Without You". Malgré le soutien du public du FunLive à la candidate espagnole, ce sont les internautes qui ont voté et qui ont désigné le duo franco-britannique qui gagne ainsi une campagne de promotion sur le web et la réalisation d'un vidéo clip.
Seul groupe indépendant parmi les quatre finalistes, le duo a la particularité d'avoir mis l'accent sur les nouvelles technologies pour créer son disque. Sly Athan a ainsi produit le disque avec un simple Mac (équipé du logiciel Logic) tandis que la chanteuse Gillian O'Donovan lui envoyait par e-mail les chants enregistrés chez elle en Grande-Bretagne. "En tant qu'indépendant, on ne pensait pas pouvoir lutter contre des artistes soutenus par des majors ou mis en avant par la téléréalité. Mais les internautes ont vraiment écouté notre musique et nous ont désigné sur ce seul critère, c'est une vraie satisfaction" explique Gillian O'Donovan qui fut choriste de Eurythmics.
Paradoxalement, le groupe qui s'est appuyé sur internet pour concevoir et promouvoir sa musique devra attendre pour pouvoir la distribuer sur des kiosques comme Wanadoo JukeBox. "En tant qu'indépendant, c'est plus long d'être sur une plate-forme de téléchargement. Wanadoo ne peut pas nous aider car ils sous-traitent cette activité à OD2 et que ces derniers exigent un catalogue d'au moins 50 albums pour s'intéresser à nous. Nous allons passer par un autre label mais cela va nous faire perdre du temps" explique Sly Athan, compositeur de l'album et créateur de la radio Laser à Rennes et d'un label Hip Hop.
En attendant le référencement de l'album "The Price Of Freedom" sur les principaux kiosques musicaux du marché, les internautes peuvent écouter en streaming "Without You" sur le site des Wanadoo Discoveries ou tout simplement se rendre sur le site web de Sly Athann pour acheter les fichiers par audiotel.
De tels succès "internet" se retrouvent également dans l'univers cinématographique: on se souvient tous de Tarnation, le film de Jonathan Caouette, également découvert par le public via un festival de court métrage en ligne intitulé "Sundance Online Film Festival". Caouette avait réalisé son film grâce au logiciel iMovie d'Apple pour moins de 300 euros ... Un nouveau modèle de création de contenu? Les amateurs vont à la rencontre des professionels. Peut-on encore nommer "amateurs" ceux qui ne travaillent pas directement avec des institutionnels? La frontière entre les deux mondes est-elle encore pertinente?


Voilà une nouvelle possibilité qui va faire bien des émules
The Flying Monkey Circus
Rédigé par: Little Monkey | 24/05/2005 à 11:38
Hmmmm....
Remettons les choses à leur place.
L'autoproduction et l'autopromotion sont des constantes dans les univers artistiques et n'ont pas attendu internet pour exister.
Tu as raison de mettre en avant deux points essentiels toutefois:
- Les technologies numériques ont considérablement abaissé les coûts de production, offrant aux artistes la possibilité de réaliser des enregistrements de qualité dite "définitive" (= produit fini) au seul prix de leur travail et d'un investissement "raisonnable".
- Le net permet de faire abstraction d'un certain nombre de goulots d'étranglements dans la diffusion de l'oeuvre.
Toutefois, cela ne résoud pas le principal problème de l'artiste, à savoir "émerger" dans un monde de multitude aujourd'hui sans cesse croissant.
Prenons l'exemple de Lorie. Dire que celle-ci a émergé grace à Internet est à la fois une vérité et une légende.
Premièrement, Lorie est avant tout le travail d'un producteur. Un industriel-artisan du disque qui a financé l'enregistrement de ses morceaux, a défini son plan marketing etc... Etre sur peoplesound n'était qu'un volet de ce plan marketing, en appui d'une démarche traditionnelle de lobbying auprés des Majors.
Au final, les téléchargements sur peoplesound ont avant tout servi ce producteur pour convaincre Sony du potentiel commercial de sa pouliche. Mais des artistes bien plus souvent téléchargés que Lorie sont restés dans l'ombre. Pourquoi ? Ils n'utilisaient pas Internet à des fins de manipulation dans le cadre d'une négociation commerciale.
C'est en soi une révolution. Internet comme un marché test auquel chaque artiste aurait accés. Mais cette démarche a toujours existé. On se souvient de Brian Epstein (manager des Beatles), qui a consacré ses économies à acheter tous les exemplaires du premier disque des Beatles pour les faire rentrer dans les hit parades.
La période présente offre un certain nombre d'avantages pour certains artistes. En effet, au delà de choix d'engagement personnel et politiques que partagent nombre d'artistes, le fait pour un artiste de se trouver à la pointe dans les nouveaux modèles est une exception suffisante dans le contexte actuel pour se faire connaître: Je consacre plusieurs heures chaque jour à la découverte de nouvelles musiques, pourtant, jamais je n'aurais eu connaissance de Godon ou Myassa si je ne m'intéressais pas aux modèles économiques.
Aujourd'hui, on relève des exemples qui font figure d'exception, et c'est suffisant pour créer une notoriété. Mais qu'en sera-t-il demain ? Quand 10 000 groupes auront la même courageuse démarche ? Comment se faire connaître, comment émerger dans la multitude ?
Faudra-t-il trouver un autre mot-clé dans google pour remplacer "musique libre" ?
Le problème d'intermédiation restera entier. Le rôle des intermédiaires restera central. Dans les "nouveaux modèles", Google et Myspace (entre autres) jouent ce rôle d'intermédiation actuellement dévolu à la trinité producteur-distributeur-média. Ce sont des points d'entrée évidents, bien plus que mon blog, par exemple.
Or, tant Google que Myspace sont achetables. C'est à dire que celui qui a le plus gros budget a plus de chances d'émerger grâce à ces sites. Et ainsi renaîtra le besoin de budgets marketing conséquents...
A l'autre extrémité, le besoin de l'artiste est simplement de trouver son public, qui n'a pas besoin d'être pléthorique. Juste suffisemment nombreux et généreux pour lui procurer de quoi vivre convenablement et continuer son travail sans galères. 5000 personnes qui donnent chacune 10 euros chaque année à un artiste lui permettent exactement celà, par exemple. Ca n'est pas beaucoup, 5000 personnes en regard du formidable potentiel de communication d'internet, qui permet de contacter les quelques 6 milliards d'habitants de notre planète. C'est même pas un Zénith complet. Pourtant, c'est d'ores et déja un travail monstrueux que de provoquer ces 5000 rencontres fructueuses. Se posera la question des moyens.
Car la ressource "rare" dans ces univers n'est ni la musique (dupliquable à l'infini), ni le public. C'est la rencontre entre les deux. Savoir provoquer ces rencontres, celà s'appelle du marketing...La boucle est bouclée...
Rédigé par: t-ry | 25/05/2005 à 10:08
Thierry,
Ta démonstration est robuste, et il est vrai que le fait que Godon par exemple soit un des premiers artistes français creative commons, l'a aussi aidé à acquérir une plus grande notoriété.
Par contre, il me semble que tu places la confrontation de la musique avec son public comme unique moyen de faire émerger des talents: d'où ta conclusion que le marketing sera toujours clé avec un budget conséquent, d'où la nécessité d'avoir des intermédiaires. C'est vrai en partie. Sauf que de plus en plus d'artistes, grâce à internet, font leur propre pub, ou coopte des communautés de fans pour le faire à leur place, à moindre coût (exemple la GOOM, Godon Organisation Members expliquée sur godon.org)
En outre, on peut (et on va, projet de philaxel auquel je m'associe) imaginer un système où les artistes entre eux reconnaissent et découvrent les futurs talents: imagine des artistes du monde entier qui souscrivent à une mailing list pour recevoir 3 MP3s par jour, qu'ils notent et qui ensuite sont renvoyés à d'autres suivant leur classement et ainsi de suite. Tu obtiens très rapidement un outil non monétarisé et très professionel permettant d'émerger, pour peu qu'une plateforme internet avec une bonne visibilité relaie le classement. Les artistes dans le top10 ont la reconnaissance de leur pair, qui vaut bien plus que tout, et ce à moindre coût, sans intervention marketing (les artistes n'ont pas besoin d'être la cible d'investissements marketing pour qu'on leur montre qui est doué, ils le trouvent par eux-mêmes). Reste ensuite à choisir un moyen de se commercialiser, et utiliser cette reconnaissance, sachant que les artistes du top10 ont acquis dans le process une notoriété auprès de tous les inscrits à la mailing list du monde entier...
C'est un projet pour l'Unesco, on y travaille, on y travaille...
Rédigé par: alban | 25/05/2005 à 11:29
lorie et belle
Rédigé par: éu | 18/12/2006 à 19:30